Le désir, une philosophie par Frédéric Lenoir

Date de parution : nov. 2022

Ma note : 8/10

Résumé :

Ce livre revisite le désir au sens large conceptualisé par les plus grands philosophes du monde entier. Il propose une vision réconciliée du désir entre le désir manque et le désir puissance et alerte sur la nécessité de mettre de la conscience sur nos désirs. Ce dernier point constitue selon lui le plus grand défi de notre époque pour la survie de nos sociétés.

Mon impression :

Etant depuis toujours en recherche de plus de vérité, ce livre m’éclaire sur mes biais, mes incohérences entre raison et passion, par la voix des philosophes et des neurosciences. Il me conforte dans la voie que je suis depuis quelques années pour réorienter mes désirs reliés à mon être profond.
Nietzsche et Jung sont les deux figures que je retiens pour avoir placé le désir au coeur de notre être, le désir comme moteur de vie. Je suis totalement admirative de leur travaux de recherche sur la psyché humaine et leur aspiration à cette recherche de vérité que je partage.

Notes de livres :

J’ai fait une sélection des phrases ou des citations qui m’ont parlé.

« Malheur à celui qui n’a plus rien à désirer » Jean-Jacques Rousseau
« On nous inflige des désirs qui nous affligent » Alain Souchon  

Comme le désir est sans limite, et éternellement insatisfait, il est manipulable. La société consumériste se sert de cela pour orienter nos désirs et nous aliéner : « je consomme donc je suis ».

Cela touche des biens matériels mais aussi tout le développement personnel.

Et cela est dramatique avec des cerveaux non matures comme ceux nos enfants. La « petite poucette aliénée » cherche l’amour et la reconnaissance au travers des réseaux sociaux.

Au final nous ne sommes pas heureux. Il faut apprendre à nous reconnecter à nos désirs profonds et à ce qui nous met dans la joie. Le désir est le moteur du changement, la raison et la volonté vont aider à transformer.

Désir sexuel : le plus tangible et le plus puissant qui soit.
Le sexe est un des renforceur primaire de notre cerveau qui motive l’être humain au-delà de la fonction reproductive. 

Principale opposition entre Freud et Jung concerne la notion de libido. Pour Freud, cela reste une pulsion de vie uniquement sexuelle; pour Jung, la libido est une poussée volontaire, un élan vital qui conduit l’être humain au désir sexuel, à être reconnu, et à s’accomplir spirituellement.

La vision de Jung a été mise en évidence par la biologie du désir sexuel un siècle après (circuits nerveux et imagerie cérébrale), qui montre que le désir sexuel  réunit à la fois nos émotions, notre biologie, notre cerveau et notre psyché.

Nous sommes influencés par toutes les composantes du désir : cognitive (certains stimuli et pas d’autres), de motivation, émotionnelle, corporelle … autant de facettes subjectives, psychologique et neurales.

Notre histoire détermine notre désir sexuel et celui-ci conditionne notre vie amoureuse.

Le désir sexuel rend aveugle ; il se nourrit aussi du manque. Dans la  passion amoureuse, nous subissons tous ces affects complexes.

La dimension narcissique où le désir de l’autre renvoie un amour de soi, nous conduit au besoin d’éprouver du désir et ou de nous sentir désirée. 

Chez les jeunes, on observe un épuisement du désir sexuel; beaucoup dû au porno qui enlève toute altérité entre les deux partenaires, alors que l’éros vise l’autre au sens empatique, pour s’engager dans une relation avec une personne et non pas un corps

Réinventer la sexualité et le lien amoureux 

Il s’agit de redécouvrir la force du désir sexuel qui se nourrit d’attente, d’imaginaire, de complcité, d’émotions, d’amour et de fantasmes liés à l’interdit. La découverte de l’altération permet de découvrir l’autre dans ce qu’il a d’unique, d’émouvant.

Le désir renaît dans l’érotisme de la suggestion , de l’imagination, de la magie d’une rencontre véritable et de toute la gamme des émotions qui en découlent 

Peu importe ce qu’il y a derrière, il s’agit de s’engager dans une relation avec une personne. 

Multiples évolutions : le désir sexuel et amoureux est en pleine recomposition et vise à s’extraire de tous les schémas sociaux dominants. L’union libre, le polyamour, pansexuel … sont des termes et des schémas très répandus aujourd’hui.

Courants philosophiques liés au désir, à sa régulation – notes non détaillées sur ce paragraphe.

Régulation du désir : Aristote et Epicure 
Élimination du désir : Bouddhisme et Stoïcisme 

Deux grandes clés de compréhension du désir humain

Le désir manque mise en lumière par Platon et confirmé par les neurosciences nous apporte du plaisir et nous amène à désirer nous améliorer, mais peut aussi nous pousser à la convoitise, à l’envie et à l’insatisfaction permanente.

Le désir puissance surtout porté par Spinoza puis Nietzsche, Bergson ou Jung,  qui nous élève jusqu’à la joie parfaite mais qui peut aussi nous conduire à une forme de domination ou d’excès s’il n’est pas régulé par la raison.  

Notre existence oscille entre les deux 

Nous aspirons tous à la joie aussi il est important d’apprendre à discerner et à bien orienter nos désirs. Et ça va impacter notre entourage, la société dans laquelle nous vivons , la planète entière

Avoir ou être, ouvrage d’Éric From : « Du choix que l’humanité fera entre ces deux modes d’existence, dépend sa survie même »

La survie de la planète dépend d’un changement radical du coeur humain

Quêtes : avoir et être, extériorité et intériorité, conquête du monde et la conquête de soi, entre le désir manque et le désir puissance …

La connaissance, l’amour, la contemplation, la beauté intérieure constituent une quête qui nous conduit de joie en joie et qui n’a aucune conséquence pour la planète. 

Plutôt que réussir dans la vie, il est préférable de réussir sa vie et vivre en harmonie avec les autres êtres humains et toutes les autres espèces. 

Désir, conscience et vérité : 

Le désir est le moteur de nos existences et il convient d’apprendre à le cultiver mais aussi à bien l’orienter

Phrase la plus importante de toute l’histoire de la philosophie :

« Nous ne désirons pas une chose parceque nous la jugeons bonne mais nous la jugeons bonne parceque nous la désirons » Spinoza 

Cette phrase déconstruit l’idéalisme platonicien qui imprègne nos sociétés occidentales depuis des millénaires selon lequel les valeurs universelles, le bon, le juste… mobilisent notre désir. Ce sont en fait nos désirs qui instaurent la valeur des choses et des êtres et non l’inverse.

C’est parce que je désire une personne que je pense qu’elle est aimable
C’est parce que j’ai un désir de justice que je souhaite la pratiquer
C’est parce que je désire aimer la vie que je trouve qu’elle est belle et bonne  

Morale par delà le bien et le mal qui signifie qu’ils n’existent pas en soi mais pour chaque individu en fonction de sa nature singulière, sous la forme du bon et du mauvais.

C’est en orientant ses désirs par des idées adéquates que les humains parviendront à la joie et seront aussi le plus utile aux autres. 

Liberté intérieure éclairée par la raison 

Les lois seront nécessaires tant que nous seront esclaves de nos passions et incapables d’orienter nos désirs par la raison pour grandir en joie et en sagesse 

Pour mener une existence juste et bonne nous devons mettre de la conscience sur nos désirs. J’ai ce désir : est-il juste de le réaliser pour moi-même et pour les autres ? 

Nous croyons mettre de la conscience sur nos désirs lorsque nous raisonnons, mais en fait nous ne faisons souvent de rationaliser a posteriori un désir et notre raisonnement est faussé par la force de ce dernier. 

Parallèle avec le biais de confirmation d’hypothèses dans le domaine scienctifique. 

Difficile d’avoir du recul sur nos désirs. On les justifie avec des alibis pseudo rationnels. 

Cela suppose une très grande soif de vérité de mettre de la conscience sur ses désirs ; c’est parce que j’ai un grand désir de vérité que je serai capable de dépasser mes autres désirs, mes opinions et mes croyances et de les soumettre objectivement à la vérité des faits et du réel ; c’est le fondement même de la démarche philosophique dont la vérité est la norme. 

D’où vient la conscience ?
Question largement ouverte
Le cortex propose, le striatum dispose (enfant sur armé)

Urgence à philosopher et à bien penser 

Pour certains le désir de vérité est inné 

Si on pense mieux ensemble, on recherche ensemble ce qui est vrai ; compréhension commune de ce qui nous entoure. Essentiel de discerner le vrai du faux. 

En synthèse

Le désir est l’essence de l’homme et le moteur de nos vies 

Notre satisfaction de l’existence dépend de la manière dont nous cultivons ce désir et nous l’orientons. 

Mais la survie de nos sociétés dépend aussi de cette juste orientation de nos désirs.

Mettre de la conscience sur nos désirs est le plus grand défi de notre époque 


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3 réponses à “Le désir, une philosophie par Frédéric Lenoir”

  1. Merci pour ce partage ! Pour ma part, je crois être en panne de désir mais en fait, c est la peur et le « je dois être raisonnable » qui me fait étouffer mon désir. Je vais relire votre écrit pour y voir plus clair 😉 merci encore 🌞

    • Bonjour Sylvie, oui derrière chaque peur, il peut y avoir un désir qui se cache. Allez voir au delà demande du courage et je vous y encourage ! 😉 Merci pour votre commentaire 🙏

  2. Merci anne , je voulais lire le livre cela tombe bien et me permet d avoir des éléments de réflexion avant d aller creuser plus loin pour connaitre mes vrais désirs..arriver à conscientiser ses désirs est un exercice difficile qui utilise la raison et la raison peut elle faire émerger les désirs tres profonds..? c est la question que je me pose🤔 à très bientôt😏😘

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