Mon livre fétiche : Femmes qui courent avec les loups de Clarissa Pinkola Estés

Dernière mise à jour : juin 2022

Ma note : 10/10

La femme sauvage est en chacune d’entre nous; aller à sa rencontre est la seule manière de nous sauver de la petitesse de corps, d’âme et d’esprit dans laquelle la société patriarcale nous enferme depuis des années.  Il faut l’aider à émerger de notre psyché et nous laisser guider avec son intuition, sa force, son courage, sa loyauté, son énergie. Elle règne sur notre monde créatif et utilise préférentiellement le langage artistique et métaphorique pour nous parler. Nous avons besoin d’elle et elle a besoin de nous.

Le parallèle avec les loups et notamment la loba est cette incroyable capacité à rebondir, à survivre, à guérir, à chercher, à vivre avec instinct.

Ce livre prend appui sur des contes de tous les pays pour nous éclairer sur les archétypes universels de la psyché et sur le fait que toutes les femmes du monde entier ont en commun la femme sauvage, l’âme sauvage.

Dans le cadre d’un travail art-thérapeutique, les histoires racontées et analysées dans ce livre nous parlent à des degrés différents suivant notre histoire, mais toutes parlent de la puissance de vie et de renaissance de la femme sauvage ; Pinkola parle de concept de vie/mort/vie.

La femme possède l’animus en soutien de l’anima : Une énergie d’action qui soutient une énergie intuitive qui capte les inspirations. Notre nature duale est également présente chez l’homme. Pour cette raison et parce que ça les aide à mieux comprendre le monde psychique féminin qui est aussi en eux, je recommande cette lecture aux hommes autant qu’aux femmes.   

Voilà d’ailleurs le témoignage d’Alain, que ce livre a également bouleversé : 

« Femmes qui courent avec les loups ! » J’ai découvert ce livre sur les recommandations d’une amie. À sa lecture, je fus très enthousiaste.
Cet ouvrage propose une réflexion approfondie sur les aspects les plus vibrants de l’identité féminine. À travers la narration de contes de fées soigneusement analysés, Clarissa Pinkola Estés nous livre les clés de la compréhension féminine en apportant un éclairage précieux sur les manifestations profondes de la psyché. En touchant certains niveaux de conscience, le livre nous aide à mieux comprendre les décalages qui subsistent dans les rapports humains, notamment dans les relations homme-femmes.
Personnellement, ce livre a été une révélation et m’a guidé à un moment où je ressentais la nécessité d’évoluer pour moi-même et pour mes proches en me libérant de certaines croyances qui m’influençaient dans mes relations avec autrui.
Je recommande vivement ce livre à celles et à ceux qui souhaitent entreprendre un voyage intérieur afin de se réapproprier leur vraie nature et recouvrer leur Soi instinctuel.

Pour ma part ça m’a apporté énormément de sérénité par rapport à là où j’en suis de mon chemin de vie. J’ai parcouru pas mal de routes et exploré des pistes sans savoir pourquoi, ni vers où … mais toujours avec cette quête d’harmonie globale … sans savoir ce que cela voulait dire… juste une intention ancrée en moi, une intuition que là était la vérité. Même quand je pensais avoir trouvé quelque chose, je ne comprenais pas pourquoi il était si difficile de vivre en harmonie, pourquoi je n’avais pas sombré, pourquoi je continuais à mener ces combats internes, sources d’inconfort pour moi ; je voyais certaines personnes « à l’aise dans leur vie », ceux qui « ne se posent jamais de questions » et je me demandais d’où me venait ce besoin irrépréssible de comprendre, de donner un sens, de me sentir en vie dans mon entièreté  … 

Ce livre m’a apporté le recul dont j’avais besoin pour dédramatiser, un recul spirituel et instinctuel ; il m’a replacée dans la lignée des femmes sauvages, dans une continuité, dans une énergie de vie infinie, qui comporte toutes les morts que nous redoutons; celles-ci sont abordées comme faisant partie de la vie, charge à nous de regarder au-delà, de sentir, de déterrer, d’aller chercher le sens, de se baisser pour remuer la boue et trouver l’énergie de vie… Tout ce qui est enseigné au travers ces contes et leur explication psychanalytique, je l’ai vécu, senti, éprouvé … toute seule, sans guide, de manière instinctuelle; je comprends aujourd’hui ce qui m’a sauvée. J’ai vraiment été secouée à plusieurs reprises par la force des messages portés dans ce livre, messages à mon attention mais à l’attention de toutes les femmes, et des hommes aussi.

J’aime les contes de tous les pays, j’ai toujours aimé en lire enfant et j’en ai lu beaucoup à mes enfants; je comprends mieux pourquoi et je comprends mieux aussi pourquoi l’Art-thérapie me parle autant. Je me comprends mieux en images et je peux vivre en lien avec cet imaginaire personnel infini melé au collectif, de façon harmonieuse, pour tendre vers un meilleur équilibre de vie psychique. Les archétypes universels dont il est question dans ce livre peuplent ma psyché pour me guider, je ne suis plus jamais seule même en plein désarroi. J’appartiens à cette famille de « chercheurs-ses en soi » . Les outils artistiques sont une aide précieuse pour parvenir à trouver ses ressources, pour donner corps au concept des sous-personnalités en psychologie et arriver à laisser une place pour chaque facette de notre être, y compris les plus sombres.

Certaines histoires connues m’ont particulièrement marquée dans l’interprétation que Pinkola en fait. Je tente d’en résumer certaines, 4 pour commencer, sans prétendre à l’exhaustivité de toutes les subtilités abordées par Pinkola. Rien ne remplace la lecture du livre mais si ça peut vous donner envie de le lire, j’en serais heureuse.

Barbe-Bleue ou « Traquer l’intrus : un début d’initiation »

Ce conte de Perrault est largement répandu dans notre culture et certaines répliques sont connues de tous : « Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?… ». Pinkola en livre une version remixée avec la version slave. 

Cette histoire parle du prédateur naturel de la psyché, de ses manifestations sournoises et des possibilités pour le contenir. Le prédateur prend les traits de Barbe bleue ; il est là pour empêcher les rêves d’éclore, et tel un pervers narcissique, réduire la femme à l’état d’objet.   

Malgré la peur inspirée par l’énorme barbe bleue, trois sœurs laissent approcher ce personnage haut en couleurs, richesse et histoires fantastiques. La plus jeune sœur se laisse finalement séduire et accepte d’épouser Barbe-Bleue; elle part dans son château au fond des bois. Un jour Barbe-Bleue s’en va en lui laissant le trousseau de clés qui ouvrent toutes les portes du château avec pour seule consigne de ne pas se servir de la petite clé ouvragée. Aidée de ses sœurs, elle trouve la porte correspondant à la petite clé ; ce qui avait démarré  comme un jeu, se transforme en épouvante en découvrant l’amas d’os et de sang caillé entassé dans la pièce. La clé se met à saigner tâchant tout sur son passage, sans que l’épouse ne parvienne à faire disparaître les traces de son délit. Barbe-Bleue est sur le point de tuer sa nouvelle épouse mais il accepte que celle-ci se « mette en règle avec dieu » et lui donne 15 min avant de venir la chercher. Ces 15 minutes sont déterminantes pour l’épouse qui fait appel à ses frères pour venir la délivrer de la tour où elle s’est réfugiée, demandant sans cesse : « Mes sœurs, voyez-vous venir nos frères? » . Ils y parviennent de justesse et réussissent à tuer Barbe-Bleue avec sauvagerie, laissant « son sang et ses cartilages aux vautours ».

Pinkola parle de complexe de profonde réclusion, présent dans la psyché des deux sexes. Barbe-Bleue représente cet exilé permanent, puni d’avoir voulu exercer une magie à l’encontre de l’Ineffable. Il est appelé le « magicien raté ». C’est la force maligne qui existe en chacun de nous ; « elle est ce qu’elle est » ; il nous faut la connaître et la contenir, sinon nous sommes une proie facile pour ce prédateur en nous, avide de notre lumière. La jeune sœur, la moins évoluée, dans un moment de folie, s’éloignant de son instinct, accepte d’être une proie … qui n’a pas connu ce scénario où l’inexpérience, la naïveté ou l’inconscience n’ont pas encore laissé la place à la maturité ?    

Elle va ressortir plus sage et pourra reconnaître son prédateur quand elle le verra à l’avenir. Cette histoire sert aussi à éveiller les femmes (et les hommes aussi) qui ne sont pas soutenues ou aidées dans leur combat et qui rejouent le scénario plusieurs fois; même âgées, certaines femmes sont encore des proies. Le réveil est d’autant plus brutal que l’entêtement est grand. 

Le désir du moi nourrit l’illusion de paradis sur terre de la jeune naïve qui nourrit à son tour le prédateur. 

Au contraire des louveteaux dont la mère leur montre tous les dangers des prédateurs, notre éducation nous incite à minauder pour correspondre à l’archétype du féminin soumis, à ne pas faire preuve de curiosité. Moi-même vers l’âge de 8 ans ai été soumise à l’injonction « soit gentille » sous-entendu « avec lui »…  Comme je pensais que c’était normal de devoir être gentille, j’ai lâché ma nature intuitive pour revêtir un habit de sauveuse avec la culpabilité associée. Ma vie amoureuse a été un long parcours chaotique et encore aujourd’hui, à 55 ans, j’apprends à reconnaître le prédateur tapi dans ma psyché … pour le tenir à distance.  

La clé est essentielle pour cela, la fameuse petite clé de la psyché…  qui est vue comme une « contre-magie », nécessaire pour ouvrir les portes de la psyché, fermées par la magie noire du prédateur. La question essentielle est posée par les sœurs qui représentent la nature instinctive : « où se trouve cette porte et que peut-il y avoir derrière la porte? ». A partir de là, un mûrissement se fait …  La capacité à supporter ce qu’elle voit, l’ombre et son contenu, lui permettra un retour à la nature profonde et lui donnera les ressources pour s’en sortir. 

Cette reconnaissance et la confrontation du prédateur est inévitable pour que la clé s’arrête de saigner. Le sang présent sur la clé est « le sang des artères de l’âme », ça fait mal et en même temps elle représente la pénétration d’un mystère. Cette persistance du sang écarte le censeur de la psyché et oblige à regarder ce qui se présente, tout aussi horrible que cela soi. Cette sauvagerie qui tue le féminin créatif, on le retrouve caché derrière des brimades, des fausses attentions qui nous leurrent. Il nous faut avoir le courage de regarder l’ombre derrière l’ombre; il faut poser toutes les questions et trouver les réponses ; « Ne craignons pas d’explorer ce que nous avons de pire ». C’est là où la Femme Sauvage peut briller, elle ne craint pas le noir, elle voit dans l’obscurité. Les os entassés dans la pièce noire représentent ce qui reste de l’âme; elle peut revivre si la jeune sœur rassemble ses forces psychiques et anéantit l’énergie destructrice. Pour cela elle réclame un peu de temps, elle devient rusée et élabore une stratégie. Cette lutte interne de deux forces au paroxysme conduit à une grande fatigue mais il faut s’accrocher coûte que coûte. 

La femme fait appel à ses frères qui représentent les « moteurs les plus musclés, les plus agressifs de la psyché ».   Cela peut être féminin comme masculin comme neutre, repésenté par des éléments symboliques comme la montagne, le soleil… La nature combative est loin, il lui faut du temps pour revenir auprès de la conscience. Jung a appelé cette aide, l’animus, représenté sous différentes formes dans nos cultures mais qui symbolise ce qui est généralement refusé aux femmes, notamment l’aggressivité. « Cet aspect contresexuel jette un pont entre les émotions, les pensées intérieures et le monde extérieur. Cela permet à la femme d’exprimer des idées, de les créer de manière concrète, avec facilité et originalité ».

Que faire du prédateur, une fois écarté par les frères ? La destruction doit être totale pour pouvoir satisfaire au cycle de vie/mort/vie. De ses cendres renaîtra une force créatrice décuplée qui viendra nourrir le feu de l’âme. Les attributs du prédateur, à savoir sa ruse et sa nature meurtrière, vont servir à mieux voir et à anéantir ce qui doit mourrir dans la vie d’une femme ou ce à quoi elle doit mourir dans sa vie quotidienne. La Femme Sauvage est capable de s’emparer de « la substantifique moelle » de la chose qui l’a assaillie et de s’en servir pour elle, dans un sens positif.

Ce conte renvoie au rêve de l’homme noir qui nous est certainement familier; il peut signifier différentes choses selon le moment de notre vie, une mise en garde, un nouvel élan, une prise de conscience d’un mouvement destructeur dans notre psyché, un besoin de reconsidérer nos idées créatrices. Dans tous les cas, il faut s’écouter et nous remettre à l’ouvrage pour faire fructifier nos trésors. 

La morale de cette histoire selon moi :  La « Gentille » peut laisser place à la nature « Sauvage », pour peu qu’elle sache poser les bonnes questions et trouver les ressources pour y répondre.    

Le vilain petit canard 

L’histoire très connue d’un bébé cygne né par erreur dans le nid d’une mère cane. Après de multiples rejets dus à sa différence et une souffrance extrème dans la solitude et le froid, il finit par trouver sa véritable famille : des cygnes magnifiques comme lui, qui l’accueillent avec douceur et joie; cette joie se transmet au village et le conte termine dans une fête générale avant de reprendre le cours de la vie avec d’autres œufs à éclore.

La question de l’exilé est primordiale nous dit Pinkola. Elle se retrouve dans tous les contes d’une manière ou d’une autre, par naïveté, par un mauvais deal, par oubli, par méchanceté…

Cela renvoie au silence qui est imposé à l’âme de la petite fille lorsque celle-ci veut exprimer sa nature instinctive ; Pinkola parle de « chirurgie psychique des parents » sur la psyché de l’enfant. Plus le cadre est rigide, plus les critères de normalité sont intériorisés dans la psyché (introjection). La femme sauvage, pour s’en sortir, devra affronter ses barrières personnelles mais également culturelles.

Cela renvoie par extension au rôle des mères. Nous avons hérité de notre mère et d’autres figures maternelles, une mère intérieure dans notre psyché. 

Nous avons plusieurs modèles de mère interne qui s’entremèlent en fonction de notre histoire : 

– La mère ambivalente qui cherche le meilleur compromis pour être acceptée, au détriment de sa nature,
– la mère effondrée par le choix qu’on lui impose de devoir se séparer de sa création,
– la mère enfant ou la mère non maternée qui n’a pas pris confiance dans son potentiel instinctuel de mère et qui joue à être maman, au risque de tomber dans de la caricature.

Pour que notre « complexe maternel » nous soutienne dans notre originalité et nous accompagne dans le développement de notre identité, il faut sans cesse démêler, évaluer, réajuster cet état de notre psyché. Se faire materner par d’autres femmes, aller voir ailleurs, revenir … jusqu’à trouver la mère sauvage en soi. Même si le point de départ est pauvre ou destructeur, la progéniture peut croître. 

Le petit « canard » symbolise la nature sauvage qui s’accroche coûte que coûte à la vie. Comme la femme sauvage qui tient bon grâce à sa force. Ce conte nous parle de résilience également : celle de l’âme qui peut (re)naître après la reconnaissance psychique des siens. Il peut alors déployer sa vitalité dans toutes ses dimensions.

Pour s’en sortir il faut regarder sa blessure en face et aller vers ce qui nous rend plus forte. Ne pas faire comme le vilain petit canard qui va de rejet en rejet dans son exil, ne sachant pas à quelle porte frapper. Ne pas chercher ce qui est simple ni près mais ce qui rend plus fort. Ne pas s’épuiser à se faire accepter à tout prix, au risque de perdre la femme sauvage à tout jamais. On peut facilement imaginer le pouvoir destructeur d’être dans la peau d’un animal qu’on n’est pas et de devoir vivre comme lui. 

Chercher encore. Ne pas se laisser geler comme le petit canard pris dans la glace, au risque d’anesthésier toute émotion, tout ressenti, toute créativité. Réagir comme lui et bouger encore et toujours.  Accueillir l’étincelle, le moment inattendu qui va venir comme déclencheur d’une nouvelle pulsion de vie quand on pense qu’il n’y a plus d’espoir. L’exil peut être bon car il conduit à chercher, à trouver ou à édifier ce qui fait notre vraie nature.

La femme ne fait généralement pas exprès de s’ignorer, c’est le plus souvent qu’elle n’a pas idée de comment prendre soin d’elle car elle n’est pas maternée. Personne ne lui a montré comment développer ses talents innés. Alors elle cherche et elle finit par trouver après avoir réuni suffisamment d’indices et d’informations.

Nous avons la nostalgie de notre nature sauvage; c’est ce qui nous pousse à garder l’espoir, à tenir le coup. Le vol des cygnes au loin redonne espoir au canard; il sent que c’est familier car quelque chose s’éveille en lui. Qu’est-ce qui s’éveille en nous? L’observation de la nature peut être un puissant brise-glace de son âme. 

La nostalgie nous pousse à chercher, et à chercher encore même sans savoir ni quoi ni où chercher; mais nous ne sommes pas seules car la femme sauvage nous cherche aussi : « Nous sommes ses petits ».

Parfois l’âme sauvage part si loin qu’il est difficile de la faire revenir; il faut la nourrir de douceur, de tendresse, d’enthousiasme, d’humour pour qu’elle entende le chant de la créativité instinctive, de la passion … 

L’ultime tâche de l’exilée qui a retrouvé les siens va être non seulement d’accepter son individualité propre mais d’accepter sa beauté sans fausse modestie. Comme les animaux, nous sommes; un point c’est tout, et c’est bien ainsi.

Après la survie vient la guérison; il ne faut pas s’attarder sur le statut de survivante comme une fin en soi, au risque de s’endurcir. C’est une étape à reconnaître comme telle (concept d’offrande pour admirer ce que l’on a fait, traversé). Cette admiration nous aide aussi à trouver de nouvelles ressources pour fleurir et prendre de la vigueur.  C’est un droit de naissance d’être florissante sur terre. Il faut continuer à pratiquer la femme sauvage, sans cesse !

Manawee

Un hymne à l’homme sauvage

Que désire vraiment une femme ? Elle ne désire rien d’autre qu’aimer « un partenaire qui serait son égal »! Ce chapitre aborde le sujet de l’apprentissage de l’homme dans la connaissance de la femme dans sa dualité, dont fait partie la femme sauvage. 

Le conte afro-américain aborde cette dualité au travers deux sœurs jumelles qui seraient promises au jeune homme appelé Manawee, seulement si celui-ci arrive à connaître le nom des deux jumelles. Après plusieurs échecs, un chien symbolisant le soi instinctuel vient lui montrer la voie.

Le thème de la dualité masculine est aussi évoqué avec Manawee et son chien, une nature humaine et une nature instinctive, courageuse et tenace. Dans l’animus de la psyché féminine se trouve un Manawee qui réclame la dualité féminine au lieu de la rejeter par peur ou besoin de domination. 

Dans ce conte, la connaissance du nom représente la capacité à obtenir et conserver la conscience de la nature duale. Cela prend du temps; il faut beaucoup d’observation et d‘attention pour apercevoir les cycles récurrents de la psyché. Le plus important est de vouloir apprendre.

Le père des jumelles représente un gardien paternel de la psyché qui met à l’épreuve les éléments nouveaux qui demandent à être intégrés. Une psyché saine fonctionne comme cela et non sur la base d’une impression de familiarité. 

 Ces « deux femmes qui n’en font qu’une » sont des éléments de la psyché et peuvent se combiner de multiples façons entre ce qui est montré par la femme extérieure (ou encore la femme du dessus) et ce qui émerge de la « criatura » souvent après un long voyage et qui ne se laisse pas facilement voir. Le femme doit développer les deux aspects de la nature duale pour accéder à la totalité de son pouvoir. Ils doivent être maintenus ensemble dans la conscience pour se soutenir. Le soi sauvage et le soi civilisé ne doivent pas être séparés. 

Dans ce parcours qui va des profondeurs de l’inconscience archétypale à l’esprit conscient, les difficultés sont nombreuses pour le chien :

– Les distractions multiples qui brouillent la psyché comme l’os ou la tarte
– Un retour à la case départ à chaque échec avec les 3 allers et retours
– Un agresseur tout en noir qui veut lui voler les noms pour en faire mauvais usage  

La sensibilité du chien lui permet de comprendre les noms; sa tenacité lui permet d’y retourner encore et encore; son courage lui permet d’affronter les peurs.  

La psyché a ce côté mediumnique qui lui permet d’entendre et de faire remonter le plus profond. Nous devons nous rappeler que c’est l’excitation de la lumière que nous exigeons et non l’excitation procurée par les séductions illusoires. Se souvenir de la tâche véritable doit être gravé dans la conscience comme un mantra.

Pour s’aider dans sa tâche de faire alliance avec la femme sauvage, l’homme sauvage peut poser deux questions essentielles : Que veux-tu? Que désire ton être profond ? 

Le corps joyeux : la chair sauvage

Ce chapitre parle de l’enfermement du corps de la femme par les diktats sociétaux, faits d’idéaux morphologiques et maniériques, diktats qui finissent par enfermer l’âme instinctuelle. Car le corps est bien plus que ça, bien autre chose qu’un esclave soumi à notre volonté de forme ou un objet qu’on consomme, qu’on possède … non le corps selon Pinkola a une vie propre qui porte toutes les informations dont on a besoin pour vivre et survivre, une vie qui nous transporte ailleurs, comme le tapis volant, dans un monde imaginaire, grâce à cette mémoire incrustée dans chaque recoin, dans la moindre petite cellule prête à délivrer ses messages. Il est le lien indispensable à notre équilibre, entre notre vie intérieure et l’ouverture au monde extérieur.    “La nature instinctive des femmes préfère juger le corps et l’esprit selon leur vitalité et leur capacité à répondre plutôt que selon leur apparence” . Même si le culturellement beau n’est pas à rejeter en soi, l’idée est de tracer un cercle beaucoup plus vaste pour embrasser toutes les formes de beauté, de forme et de fonctions.

Les impacts de tels jugement destructeurs sur le corps sont nombreux : 

– Perdre confiance dans le lien instinctuel avec son corps, se couper de ses capteurs 
– Ressentir la honte de l’afiliation aux ascendants qui rejaillit sur celle des descendants : je ne peux pas reconnaitre mon type physique avec orgueil, je cherche mon lien d’identité corporelle
– Se lancer dans une quête éperdue pour l’apparence, pour l’appartenance, au détriment du lien avec son corps naturel   
– Avoir une femme qui hurle en soi, qui au fond souhaiterait sortir de ces projections irrespectueuses
– Se couper de la vie créatrice donc amoindrir son énergie de vie. 

Que peuvent faire les femmes ? 

Changer leur regard sur elles; se “réapproprier leur vraie vie en la vivant à plein et sans frein”. 

Ecouter leur corps en tant qu’”être fort, qu’être sacré”.  “Le but du corps est de protéger de contenir, de soutenir, d’enflammer l’esprit et l’âme qu’il renferme, dêtre un reposoir pour la mémoire, de nous remplir de sensations – c’est la plus haute forme de nourriture psychique”.

Il ne s’agit donc pas de quitter le corps pour nous élever vers l’esprit mais plutôt voyager avec lui, prendre appui sur lui pour ressentir pleinement notre existence.

 Ce chapitre ne prend pas appui sur un conte en particulier mais cite plusieurs contes qui utilisent des objets magiques pour  symboliser le corps dans sa dimension sensorielle et psychique. Le tapis magique en est un bon exemple; a priori sans grand intérêt, il est capable de nous transporter ailleurs par une ouverture aux sens, laquelle ouverture nous donne une vision supplémentaire pouvant engendrer une guérison. 

Notre rôle est donc de garder notre corps en capacité de ressentir, de fonctionner, de réagir… a-t-il sa musique propre ou bien est-il paralysé par des vieux traumatismes ?

Pinkola parle de ses expériences d’observation de femmes qui culturellement ne possédaient pas un corps beau mais qui étaient belles dans leur corps, qui avec leur façon de bouger « avec les flancs », de regarder au fond des êtres et des choses, avaient un pouvoir dans leur corps. 

La femme sauvage a ce pouvoir d’ouvrir les portes numineuses de son corps afin d’apprendre et connaître une infinité de choses à travers lui et non pas contre ou à côté de lui.

La Mariposa

Pinkola évoque l’histoire vraie d’une femme appelée LA MARIPOSA ou femme papillon en espagnol. Cela se passe sur le chemin touristique du grand désert américain, à Puyé au Nouveau Mexique. Des visiteurs en nombre viennent voir entre autres célébrations spirituelles, la danse du Papillon, effectuée par une femme seule et pas n’importe quelle femme, la jeune fille Papillon. Après un long temps d’attente et contre toute attente, apparaît une énorme femme aux cheveux gris, à l’opposée de ce qu’on pourrait associer à l’image d’une fille légère comme un papillon. En réalité Maria Lujan, car c’est son nom, représente la fragilité du papillon dans le monde des esprits, comme la louve incarne la femme sauvage. En se montrant sous l’apparence d’une femme d’âge avancée aux formes généreuses, elle vient redonner de la force aux plus faible; en saupoudrant son pollen par des murmures, des bonds dans la poussière, et par l’agitation de ses plumes d’enfants, ses bracelets, clochettes et autres accessoires, elle réveille l’âme du papillon en nous. Elle représente « la force fertilisante femelle ». Elle est le centre, elle réunit les opposés, elle permet la transformation en transportant le pollen de ci de là, « exactement comme l’âme fertilise l’esprit par les rêves nocturnes, comme les archétypes fertilisent le monde extérieur ». Il suffit de peu pour pour transformer son âme … c’est cela que cette danse représente.

Pour la femme sauvage, la forme importe peu. Ce qui compte c’est « de savoir si ce corps éprouve du bonheur, de la joie, du plaisir, s’il est bien en contact direct avec le coeur, avec l’âme, avec le sauvage. S’il bouge et danse à sa façon. C’est cela et rien d’autre ».

Pinkola parle de l’artiste Malvina Hoffman qui réalise des bronzes de grandeur nature, qui selon elle, possède un regard authentiquement sauvage sur l’âme corps des femmes. Voilà une représentation trouvée sur internet qui traduit son amour sauvage du corps : 

La femme sauvage peut apparaître sous maintes formes, comme celle du papillon (vieillard, enfant frêle, animal qui nous parle…). Pinkola nous encourage de rester à l’affût pour reconnaitre la grandeur d’âme sous différents visages.  


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